Présidence tournante au sein du CPT : « Mettons fin à cette mascarade ! » lance Me Sonet Saint-Louis…

Sonet Saint-Louis, Avocat

PORT-AU-PRINCE, mardi 4 mars 2025« Le Conseil présidentiel de transition (CPT) s’enfonce inexorablement vers sa chute, écrasé par son incompétence à gérer les affaires de l’État. Diriger sans élections, gouverner sans légitimité n’a qu’un nom : la dictature », déclare Me Sonet Saint-Louis.

Selon Saint-Louis, « l’instauration d’une présidence tournante au sein du CPT est une supercherie politique qui ne repose sur aucune base légale et ne fait que perpétuer un système de gouvernance fondé sur l’improvisation et la manipulation. Nous assistons à une transition sans fin, où des acteurs non élus se partagent le pouvoir en toute impunité, au mépris des principes démocratiques ».

Pendant que le pays s’enlise dans une crise multiforme, marquée par une insécurité généralisée et une crise humanitaire croissante, le CPT gaspille des ressources pour l’organisation d’une conférence nationale dont la pertinence demeure floue. Parallèlement, les dirigeants actuels tentent d’obtenir un consensus autour d’une nouvelle constitution. Certains observateurs avancent même que cette constitution serait déjà rédigée et attendrait le moment opportun pour être dévoilée.

« Ils s’apprêtent à nous imposer une constitution taillée sur mesure, conçue dans l’ombre et éloignée de toute légitimité populaire », dénonce Me Sonet Saint-Louis. Il ajoute : « Il est évident que le CPT n’a plus aucune crédibilité et ne parvient pas à exercer une véritable autorité. Cette mascarade ne peut plus durer. »

L’une des décisions les plus controversées récentes est celle de la Cour d’appel de Port-au-Prince, qui a, par un arrêt jugé absurde, confié le statut de président de la République – sans suffrage universel – à trois inculpés. « C’est une aberration juridique », estime Me Sonet Saint-Louis. « Comment peut-on confier les rênes de l’État à des individus poursuivis pour corruption ? L’État haïtien, qui prétend lutter contre la corruption, n’était même pas représenté lors de l’audience. Cela en dit long sur la dérive institutionnelle que nous vivons. »

En démocratie, l’accession au pouvoir ne peut se faire que par le suffrage universel, rappelle l’avocat. « L’article 58 de la Constitution haïtienne est clair : la souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exerce notamment par le biais des élections. Confier la présidence à des individus non élus est une trahison de ce principe fondamental », affirme-t-il.

Me Sonet Saint-Louis rappelle également que l’absence de la Haute Cour de justice ne peut être un prétexte pour contourner les principes fondamentaux du droit. Il cite l’affaire de la Consolidation en 1904, sous le président Nord Alexis, où la Cour de cassation avait jugé de hauts fonctionnaires accusés de corruption, sans remettre en cause le cadre constitutionnel en vigueur.

« Ce revirement de jurisprudence de la part d’une cour inférieure est dangereux pour l’avenir du pays », met-il en garde. « Une justice aux ordres, qui viole les conventions internationales ratifiées par Haïti en matière de lutte contre la corruption, n’est plus une justice. Elle devient un instrument au service des intérêts mafieux. »

Dans ce contexte, la présidence tournante instaurée au sein du CPT prend des allures de farce politique. Le 7 mars 2025, Fritz Alphonse Jean devrait succéder à Lesly Voltaire. « Nous avons là deux hommes dont les noms figurent dans des dossiers de corruption. Fritz Alphonse Jean, ancien gouverneur de la Banque centrale sous Jean-Bertrand Aristide, et Lesly Voltaire, membre de Fanmi Lavalas, ont tous deux été cités dans des rapports d’enquête. Des mandats d’amener auraient même été émis contre eux dans le cadre d’un dossier de détournement de fonds », révèle Me Sonet Saint-Louis.

Il souligne également que ce scandale judiciaire n’a fait l’objet d’aucune réaction de la part des chancelleries occidentales. « Ces mêmes puissances étrangères qui se montrent si promptes à sanctionner certaines figures politiques haïtiennes ferment curieusement les yeux sur ce cas précis. Pourquoi cette indulgence soudaine ? La corruption devient-elle acceptable lorsqu’elle est commise par ceux qui servent certains intérêts ? »

Les critiques formulées par d’anciens membres de l’Accord de Montana, comme Hugues Célestin et Magalie Comeau Denis, sont également révélatrices. Selon eux, « les neuf membres du CPT sont tous impliqués dans des affaires de corruption ».

Me Sonet Saint-Louis dénonce aussi un traitement différencié de la corruption selon l’idéologie politique des acteurs impliqués. « En Haïti, on observe une étrange indulgence envers les actes répréhensibles commis par ceux qui se réclament de la gauche », affirme-t-il. « Dès qu’un acteur politique se drape du manteau du progressisme, ses fautes sont minimisées, voire excusées. »

Ce phénomène, selon lui, est particulièrement visible dans le cas de la gestion du dossier PetroCaribe. « Pourquoi le rapport PetroCaribe a-t-il été utilisé comme arme politique contre certains dirigeants, alors que d’autres affaires de corruption, tout aussi graves, sont systématiquement étouffées ? La corruption n’a pas de couleur politique. Elle doit être combattue avec la même rigueur, quel que soit le bord idéologique des coupables. »

Il revient également sur le paradoxe de certains acteurs politiques qui, après avoir contesté la légitimité du président Jovenel Moïse jusqu’à son assassinat, acceptent aujourd’hui de gouverner sans élection. « Ces gens qui criaient à l’illégitimité de Jovenel Moïse, élu au suffrage universel, trouvent normal de se hisser au pouvoir sans passer par les urnes. C’est une hypocrisie totale », fustige-t-il.

Alors que le CPT continue de s’enliser dans l’illégitimité et la mauvaise gouvernance, la situation du pays ne fait qu’empirer. L’insécurité atteint des niveaux sans précédent, l’économie est à l’agonie et la population sombre dans la misère.

« Cette présidence tournante n’est qu’une diversion pour masquer l’échec total du CPT », conclut Me Sonet Saint-Louis. « Haïti ne peut plus se permettre ces jeux politiques stériles. La seule voie pour sortir de cette crise est de retourner à la démocratie, en organisant des élections crédibles et transparentes. Il est temps de mettre fin à cette mascarade ! »