TÉHÉRAN, (Iran), dimanche 30 mars 2025 – Le président iranien Masoud Pezeshkian a annoncé dimanche que la République islamique refuse d’entamer des négociations directes avec les États-Unis concernant son programme nucléaire en rapide progression. Cette réponse, transmise par l’intermédiaire du sultanat d’Oman, fait suite à la lettre adressée par le président Donald Trump au guide suprême de l’Iran.
Lors d’une allocution télévisée lors d’une réunion du Cabinet, Pezeshkian a expliqué : « Nous ne fermons pas la porte au dialogue, mais c’est la violation répétée des engagements qui nous empêche de bâtir une relation de confiance. » Il a ainsi laissé la porte ouverte à la possibilité de discussions indirectes avec Washington, bien qu’aucun progrès n’ait été constaté depuis le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord nucléaire iranien en 2018.
Les tensions régionales se sont accrues depuis, avec des incidents sur mer et sur terre, ainsi que le déclenchement du conflit entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. Dans ce contexte, les frappes aériennes américaines intensifient leurs attaques contre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, au Yémen, ce qui laisse planer le risque de mesures militaires ciblant le programme nucléaire iranien.
Pezeshkian a souligné que la rupture de confiance est au cœur du problème, ajoutant que Washington devra démontrer sa capacité à honorer ses engagements pour rétablir le dialogue. De son côté, Trump avait précédemment évoqué, lors d’une interview diffusée par NBC News, la possibilité d’actions militaires et de l’imposition de nouvelles sanctions si l’Iran refusait de revenir à la table des négociations.
Depuis l’élection de Trump et la reprise de sa politique de « pression maximale » contre Téhéran, la situation économique en Iran s’est détériorée, notamment avec la chute libre de la monnaie nationale. Ce climat de tension s’est accentué lorsque le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 85 ans, a fermement condamné les échanges avec l’administration américaine, qualifiant ces discussions d’« insensées, dénuées d’intelligence et d’honneur ». Suite à ces remarques, le président iranien a renforcé sa position.
Des messages contradictoires ont également émergé ces dernières semaines. Lors de manifestations lors du “Journée de Qods”, des slogans tels que « Mort à Israël ! » étaient scandés, tandis que l’appel habituel « Mort à l’Amérique ! » était moins présent. Par ailleurs, une vidéo diffusée par la Garde révolutionnaire iranienne montrait ses troupes piétinant un drapeau israélien, contraste avec l’absence du drapeau américain, souvent présent dans ce type de contenu.
La chaîne Press TV a, quant à elle, publié un article la semaine dernière évoquant une liste de bases américaines potentielles au Moyen-Orient comme cibles d’attaques, notamment Camp Thunder Cove sur l’île Diego Garcia, utilisée pour abriter des bombardiers furtifs B-2 susceptibles d’être déployés au Yémen. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a averti vendredi que toute violation de la souveraineté iranienne par les États-Unis pourrait déclencher une réaction en chaîne, menaçant la sécurité de leurs bases et de leurs alliés dans la région.
La lettre de Trump, parue pour la première fois dans une interview télévisée et parvenue à Téhéran le 12 mars, évoquait un souhait de négociations pour éviter une intervention militaire catastrophique. Trump avait déclaré : « J’ai écrit une lettre pour exprimer l’espoir de négocier, car si nous devons intervenir militairement, ce sera une catastrophe sans précédent. »
Cet épisode rappelle les tentatives précédentes de Trump, notamment sa correspondance avec Kim Jong-un durant son premier mandat, qui, malgré des rencontres en face à face, n’avaient abouti à aucun accord concret sur la limitation du programme nucléaire nord-coréen.
Alors que tant Israël qu’Etats-Unis réaffirment leur refus de laisser l’Iran se doter d’une arme nucléaire, le programme nucléaire iranien continue de s’intensifier, atteignant des niveaux proches de la pureté des armes, comme l’indiquent des rapports récents de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Pour sa part, Téhéran maintient que son programme est à des fins pacifiques, bien que des menaces de développement d’armes nucléaires se fassent de plus en plus entendre.
Enfin, la décision de rejeter les négociations directes avec Trump trouve également son origine dans les souvenirs douloureux de l’assassinat, par une frappe de drone en janvier 2020, du général iranien Qassem Soleimani. Ce geste, combiné à des accusations selon lesquelles l’Iran aurait comploté pour assassiner Trump avant les élections de novembre dernier – une allégation que Téhéran conteste fermement – contribue à renforcer la position intransigeante de l’Iran face aux États-Unis.