PARIS, lundi 31 mars 2025 – La justice française a reconnu Marine Le Pen coupable dans une affaire de détournement de fonds ce lundi, sans préciser immédiatement la peine encourue ni les conséquences sur son avenir politique.
Assise au premier rang du tribunal de Paris, la dirigeante de l’extrême droite française est restée impassible à l’annonce du verdict. Cependant, à mesure que la juge principale détaillait les accusations, Le Pen a commencé à hocher la tête en signe de désaccord, murmurant à un moment donné : « Incroyable. »
Un verdict qui ébranle le Rassemblement National
Le tribunal a également déclaré coupables huit autres membres ou ex-membres du parti, tous anciens députés européens. Parmi eux, certains occupent encore des fonctions politiques au sein du Rassemblement National (anciennement Front National).
Les accusés risquent jusqu’à 10 ans de prison et disposent du droit de faire appel, ce qui entraînerait un nouveau procès. Toutefois, la principale inquiétude pour Marine Le Pen réside dans la possibilité que la cour la déclare immédiatement inéligible, même en cas d’appel. Une telle décision l’empêcherait de se présenter à l’élection présidentielle de 2027, ce qu’elle a qualifié de « mort politique. »
Une fraude organisée au sein du Parlement européen
L’enquête portait sur le détournement présumé de fonds européens destinés aux assistants parlementaires. Selon la juge, Le Pen se trouvait au centre d’un « système » qui permettait à son parti d’utiliser illicitement l’argent du Parlement européen.
Si le tribunal a précisé que Le Pen et ses coaccusés ne se sont pas personnellement enrichis, il a dénoncé une « manipulation démocratique » trompant aussi bien les institutions européennes que les électeurs.
Le parquet reproche à Le Pen et à 24 autres membres du RN d’avoir, entre 2004 et 2016, employé des fonds de l’Union européenne pour rémunérer des collaborateurs du parti, en violation des règles européennes. Parmi les dépenses litigieuses figure notamment le salaire du garde du corps personnel de Marine Le Pen – qui fut aussi celui de son père, Jean-Marie Le Pen – ainsi que celui de son assistante personnelle.
Une bataille judiciaire aux répercussions politiques majeures
Lors du procès qui s’est déroulé fin 2024, Marine Le Pen a contesté les accusations, affirmant que les assistants parlementaires européens pouvaient légitimement effectuer certaines tâches politiques pour les députés, y compris des missions en lien avec le parti.
Elle a également dénoncé une volonté politique de l’écarter de la présidentielle de 2027. « Une inéligibilité m’empêcherait d’être candidate et priverait des millions de Français de leur choix électoral », a-t-elle déclaré aux juges, rappelant que 11 millions d’électeurs avaient voté pour elle en 2022.
Les procureurs avaient requis deux ans de prison et cinq ans d’inéligibilité à son encontre. Si Le Pen venait à être empêchée de se présenter en 2027, son successeur naturel serait Jordan Bardella, 29 ans, qui a pris la présidence du parti en 2021.
Le dossier reste explosif pour le paysage politique français. Alors que Marine Le Pen a fait de la respectabilité du Rassemblement National un axe majeur de sa stratégie, ce verdict pourrait compromettre son ascension vers l’Élysée.