PARIS, vendredi 28 mn ars 2025, (RHINEWS)- Le Parquet National Financier a requis, jeudi 27 mars, une peine de sept ans de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité à l’encontre de Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. L’ancien chef de l’État, qui a accueilli ces réquisitions avec un visage impassible, a aussitôt dénoncé un acharnement judiciaire.
Lors du premier jour des réquisitions, le ministère public a tenu à dissiper toute accusation de parti pris. « On a parlé d’un dossier construit sur un postulat, celui de la culpabilité de Nicolas Sarkozy. Il n’en est rien. Notre action a toujours été l’application de la loi dans un souci de justice et d’impartialité. Les faits, tous les faits, rien que les faits », a déclaré l’un des trois magistrats du parquet. Après trois mois d’audience, le ministère public a tiré une conclusion implacable : un pacte de corruption a bien été conclu entre « le clan Sarkozy » et la dictature libyenne de Mouammar Kadhafi pour financer la campagne présidentielle de 2007.
Nicolas Sarkozy s’est vu infliger la réquisition la plus lourde, le parquet estimant qu’il est « le véritable décisionnaire et commanditaire » de ce qu’il qualifie de « pacte de corruption inconcevable, inouï et indécent » noué avec le régime de Kadhafi. À ses yeux, l’ancien président ne peut ignorer les charges qui pèsent sur lui. « Il a toujours contesté les accusations et ne semble pas avoir pris la mesure des faits reprochés », ont souligné les magistrats. Outre la peine de prison et l’amende, les procureurs ont également requis une interdiction de cinq ans d’exercer une fonction juridictionnelle, ce qui empêcherait Nicolas Sarkozy de siéger au Conseil constitutionnel.
Face à cette attaque frontale, l’ancien président a répliqué avec force dans un communiqué, dénonçant un procès fondé sur des présupposés idéologiques plutôt que sur des preuves tangibles. « Aucun des faits mis à jour et soulignés par ma défense durant l’audience devant le Tribunal correctionnel ne pouvait ébranler ce postulat idéologique de base », s’est-il indigné. Selon lui, les éléments avancés par l’accusation ne résistent pas à l’examen minutieux des faits. Il assure qu’après trois mois d’audience, il est établi qu’aucun argent liquide issu de la Libye n’a été utilisé dans sa campagne ou alors « de façon minime et sans aucun lien avec la Libye ». Il rappelle que la note Médiapart, longtemps présentée comme une pièce centrale du dossier, a été déclarée non crédible et ne pouvait donc être utilisée contre lui. Il insiste également sur le fait que « les preuves annoncées par le clan de Kadhafi ne sont toujours pas arrivées et pour cause », et que les prétendues contreparties diplomatiques et économiques avancées par l’accusation se sont volatilisées.
Mais malgré ces failles, Nicolas Sarkozy déplore que le parquet s’acharne à échafauder de nouvelles théories. « Peu importe, de nouvelles constructions intellectuelles sont imaginées par l’accusation. Elles ne sont pas davantage crédibles que les précédentes », dénonce-t-il. Il voit dans cette obstination une violation des principes fondamentaux du droit pénal, en particulier la présomption d’innocence et la nécessité de la preuve. « On est bien loin de la présomption d’innocence, de la nécessité de la preuve, du doute qui doit bénéficier au prévenu », regrette-t-il, affirmant que ces principes sont bafoués depuis treize ans.
L’ancien président estime que la sévérité des réquisitions vise avant tout à masquer la fragilité du dossier. « Il demeure la fausseté et la violence des accusations et l’outrance de la peine réclamée qui ne visent qu’à masquer la faiblesse des charges alléguées », juge-t-il. Il réaffirme sa volonté de ne pas céder face à ce qu’il considère comme une injustice et promet de continuer le combat. « Je continuerai donc à me battre pied à pied pour la vérité, et à croire dans la sagesse du tribunal », déclare-t-il.
Dans un dernier message, il adopte un ton plus solennel, mettant en opposition la figure de l’accusé et celle de l’accusateur. « Celui qui est victime de l’injustice est moins à plaindre que celui qui la commet », affirme-t-il, ajoutant que « le premier défend la vérité. Le second la bafoue ». Il conclut en lançant un avertissement à ses détracteurs : « Devant le tribunal de l’Histoire, la place réservée à ce dernier n’est pas la plus enviable. Je la laisse à mes accusateurs. »
Alors que le tribunal doit encore rendre son verdict, cette affaire divise profondément. Le parquet, persuadé d’avoir mis en lumière un vaste système de corruption, réclame une condamnation exemplaire. Nicolas Sarkozy, lui, se pose en victime d’une justice partiale et d’un dossier vide de preuves. Treize ans après le début de l’enquête, l’issue de ce procès s’annonce comme un tournant majeur, tant pour l’ancien président que pour l’histoire judiciaire et politique française.