PORT-AU-PRINCE, mardi 25 avril 2023– Le réseau national de défense des droits humains (RNDDH) souligne que depuis le début de l’année 2023, les raids, attaques armées sporadiques et massacres contre la population haïtienne s’intensifient, notamment dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, occasionnant entre autres l’assassinat de plusieurs centaines de personnes et le viol collectif de plusieurs dizaines de femmes et de filles.
Dans un document sur la violence criminelle en Haïti, le RNDDH a fait remarquer qu’entre le 28 février et le 5 mars 2023, le quartier historique du Bel-Air a été le théâtre de violents affrontements armés entre les gangs membres du G-9 an Fanmi et Alliés et le gang de Bel-Air, dirigés respectivement par Jimmy Cherizier alias ‘‘Barbecue’’ et Kempès Sanon.
‘‘Au cours de ces heurts, précise le document, cent-quarante-huit (148) personnes ont été assassinées ou sont portées disparues. Trois (3) personnes sont blessées par balles, au moins soixante-deux (62) maisons ont été incendiées et vingt-six (26) autres maisons ont été pillées et/ou incendiées. Au moins deux (2) femmes, sont victimes de viols collectifs.’’
Dans la nuit du 19 au 20 mars 2023, des hommes lourdement armés dirigés par le chef de gang Vitelhomme Innocent ont mené une attaque armée contre les localités de Cargo et de Tunnel.
Selon l’organisation, ‘
dans‘les bandits avaient accusé la population de ces deux (2) localités d’avoir exécuté certains de leurs acolytes. Au cours de cette violente attaque, au moins neuf (9) personnes ont été tuées. Les cadavres de six (6) d’entre elles ont été calcinés. Quatre (4) parmi les victimes dont le chauffeur, se trouvaient dans une camionnette.’’
Dans son document, le RNDDH souligne que le 31 mars 2023, des bandits armés de la base Kraze Baryè dirigés par Vitelhomme Innocent ont attaqué les localités de Bérette, Calebasse et de Fort-Jacques.
Cette attaque armée a été menée contre la population de Fort-Jacques qui dans la matinée du 31 mars 2023, avait aidé la Police Nationale d’Haïti (PNH) à déjouer un enlèvement.
Au cours de cette tentative d’enlèvement, rappelle l’organisation, un (1) véhicule a été incendié, une (1) arme à feu saisie et un (1) présumé bandit a été lynché par des membres de la population.
‘‘Dans l’après-midi du 31 mars 2023, une centaine de bandits sont revenus à Fort-Jacques balayant dans leur parcours, les localités avoisinantes de Bérette et de Calbasse, y ont incendié des maisons et des véhicules et ont exécuté plusieurs membres de la population’’, écrit le RNDDH.
L’organisation fait remarquer que le 6 avril 2023, ‘‘des bandits armés de Canaan ont lancé une offensive contre les résidents-tes d’Onaville, assassinant des membres de la population d’une part, pillant et incendiant des maisons d’autre part. Incapable de faire face à la fureur de ces bandits armés, la population s’est enfuie.’’
Selon l’organisation, du 14 au 19 avril 2023, des affrontements armés dans plusieurs quartiers de Cité Soleil ont occasionné l’assassinat d’au moins soixante-dix (70) personnes. Une quarantaine d’autres ont été blessées par balles ou à l’arme blanche. A date, le bilan exhaustif de cette énième attaque dans la commune de Cité Soleil, ne peut être établi.
Le RNDDH informe que depuis le 19 avril 2023, des bandits armés opérant à Canaan et à Titanyen, respectivement dirigés par les chefs de gangs Jeff Larose et Jean Auguste Chérismé alias Général Bogi, orchestrent une attaque meurtrière contre la population de Source Matelas, localité située dans la commune de Cabaret.
Pour mener à bien ces raids, explique le RNDDH, ils ont été aidés par le gang armé dirigé par Johnson ANDRE alias Izo 5 secondes, le caïd de Village de Dieu.
Au cours de l’attaque du 19 avril 2023, la prison civile de Cabaret a été prise pour cible par ces bandits armés qui tiennent à tout prix à en prendre le contrôle. Dans les échanges de tirs qui s’en sont suivis, un policier a été blessé par balle. Il n’a même pas pu être évacué vers un centre hospitalier, en vue de recevoir les soins nécessaires, précise le document.
Surpris par la virulence de l’attaque armée, des membres de la population sont restés coincés chez eux, souligne l’organisation, ajoutant que d D’autres ont tenté de s’enfuir mais ont été pris en chasse et capturés par des bandits armés qui les ont exécutés. Neuf (9) autres personnes dont trois (3) bébés qui avaient emprunté la voie maritime pour fuir la zone de guerre, ont péri en mer, aux dires du Service Maritime et de Navigation d’Haïti (SEMANAH).
Citant des informations recueillies sur place, le RNDDH souligne que cette offensive a été perpétrée en vue de punir la population de Source Matelas qui avait osé ériger des barricades dans le but d’empêcher les bandits armés de s’en prendre à elle, après le massacre perpétré dans la nuit du 29 au 30 novembre 2022. Il convient de rappeler en ce sens, qu’au cours de cette seule nuit de novembre 2022, soixante-douze (72) personnes ont été assassinées, vingt-neuf (29) femmes et filles sont victimes de viols collectifs et des centaines de maisons ont été incendiées.
L’organisation déclare : « Le bilan le plus complaisant des raids menés depuis le 19 avril 2023 à Source Matelas, fait état d’au moins une centaine de personnes assassinées dont plusieurs étaient emprisonnées dans les maisons auxquelles les bandits armés avaient mis feu et de dizaines de personnes blessées par balles ».
Le RNDDH indique que depuis la nuit du 23 au 24 avril 2023, les localités de Debussy, au haut de Turgeau et de Solino, zone Delmas 24 sont sous les balles.
Des maisons dont deux (2) au moins à Debussy, ainsi que des véhicules, ont été incendiées lors de ces attaques, selon le RNDDH, soulignant que les populations de ces quartiers vivent dans la panique.
RNDDH condamne avec véhémence le climat de terreur instauré et maintenu dans le pays par ceux-là même qui doivent protection à la population haïtienne. Il est clair que les bandits armés, protégés par la coalition politique au pouvoir, ont reçu carte blanche pour s’en prendre à la population civile livrée à elle-même.
Le RNDDH estime que la politique du mutisme du gouvernement de facto n’est plus de mise. Les autorités étatiques doivent des explications à la population haïtienne sur l’intensification de ces attaques armées simultanées et les mesures prises en vue de ramener l’ordre dans le pays en général, et dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite en particulier.