Haïti : les gangs demandent aux enfants de « commettre des actes horribles » selon l’ONU…

Vitelhomme Innocent, chef du gang Kraze Barye, Jimmy Barbecue Cherizier , chef de la federation des gangs G-an Fanmi e Alye, Izo du gang 5 seconde de Village de Dieu, Jeff, chef de gang de Canaan, Lanmo San Jou, chef du gang 400 Mawozo….

PORT-AU-PRINCE, jeudi 27 février 2025-Malgré le gel temporaire de l’aide étrangère américaine, la plus haute responsable humanitaire de l’ONU en Haïti s’est dite confiante quant à la capacité de l’Organisation à mobiliser plus de 900 millions de dollars pour venir en aide cette année à la population du pays, où la violence des gangs a atteint un niveau sans précédent.

L’an dernier, le plan de réponse humanitaire pour Haïti, d’une enveloppe supérieure à 600 millions de dollars, a été financé à hauteur de 43 %. « C’était mieux que l’année précédente, mais ce n’est pas suffisant », a estimé la Coordinatrice humanitaire de l’ONU en Haïti, Ulrika Richardson, lors du point de presse quotidien de l’ONU à New York. Mme Richardson, qui s’exprimait par visioconférence depuis la République dominicaine, a souligné que près de 60 % du financement obtenu en 2024 provenait des États-Unis. « Le gel temporaire et le coup d’arrêt américain ont donc un impact sur nous », a-t-elle reconnu, en référence à la suspension de tous les programmes d’aide étrangère des États-Unis pour une durée de trois mois, à l’exception de l’assistance alimentaire d’urgence et de l’appui militaire du pays à Israël et à l’Égypte.

Cette année, l’enveloppe demandée pour Haïti, dévoilée il y a quelques jours, est de 908 millions de dollars, soit une forte augmentation par rapport à 2024. « Mais nous sommes vraiment confiants dans notre capacité à mobiliser ce financement », a affirmé la Coordinatrice humanitaire.

Les fonds supérieurs demandés en 2025 sont à la hauteur des besoins de la population haïtienne. Mme Richardson a notamment mentionné l’intensité extrême des violences de gang auxquelles ont été soumis les habitants de la capitale Port-au-Prince au cours des derniers mois. Plus de 5 000 personnes ont été tuées et plus de 2 000 autres blessées dans le pays, pour beaucoup en raison de l’activité des gangs. Le nombre d’Haïtiens déplacés par ces violences a triplé depuis l’an dernier pour atteindre plus d’un million de personnes, dont la moitié sont des enfants, soit presque 10 % de la population du pays. « C’est une crise sans précédent », a tranché Mme Richardson.

Selon la Coordinatrice humanitaire, les viols collectifs sont pratiquement monnaie courante en Haïti. Mais les femmes ne sont pas les seules victimes. Selon un rapport récent du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), les violences sexuelles à l’encontre d’enfants ont été multipliées par dix entre 2023 et 2024. Les survivants peinent à être pris en charge dans le pays, où seul un tiers des institutions de santé fonctionnent à l’heure actuelle. Selon William O’Neill, l’expert indépendant des droits humains de l’ONU pour Haïti, les gangs ont recours à la violence sexuelle pour terroriser, intimider et renforcer leur contrôle sur le territoire. « La violence sexuelle est souvent une question de pouvoir et les gangs veulent montrer qu’ils sont aux commandes », a-t-il déclaré dans un entretien récent avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme à Genève.

Les enfants viennent également gonfler les rangs des gangs, alors que leur recrutement a augmenté de 70 % en à peine un an. « Le repas que leur offrent les gangs est peut-être le seul qu’ils auront dans la journée ou dans les deux prochains jours », a souligné Mme Richardson. « En échange, on demande aux enfants de commettre des actes horribles. » De fait, la moitié de la population, soit plus de 5 millions de personnes, a besoin d’une aide alimentaire aiguë, et de nombreux enfants souffrent de malnutrition et de retard de croissance.

Dans son entretien, M. O’Neill a indiqué qu’outre les recrutements, près de deux millions d’enfants à Port-au-Prince avaient récemment été exposés à une violence extrême, allant de coups de feu à des enlèvements, en passant par le meurtre de membres de leur famille. « Beaucoup ont dû se cacher sous leurs bureaux pour éviter d’être abattus. Le coût psychologique et émotionnel est incommensurable », a-t-il déclaré.

Pour venir en aide aux personnes qui vivent dans des zones contrôlées par les gangs, les agences humanitaires disposent d’une capacité de livraisons par voie aérienne limitée, en raison des fermetures affectant l’aéroport de Port-au-Prince depuis le mois de novembre. « Nous avons pu mettre en place un hub logistique dans le nord, ce qui a été très utile pour pouvoir recevoir des produits humanitaires et essayer de les acheminer vers la capitale », a souligné Mme Richardson.

Dans ces conditions critiques, elle a appelé la communauté internationale à se mobiliser d’urgence pour venir en aide à Haïti.