Haïti en proie à la terreur des groupes terroristes : selon la FJKL, “l’échec du Conseil Présidentiel de Transition consacre la faillite de l’État”…

Les membres du Conseils Presidentiels de Transition (CPT)....

PORT-AU-PRINCE, samedi 1er mars 2025La Fondasyon Je Klere (FJKL) exprime son inquiétude face à l’aggravation de la violence qui secoue la région métropolitaine de Port-au-Prince depuis le lundi 24 février 2025. Selon l’organisation, la situation s’est détériorée au point où la terreur s’est installée durablement, marquant l’effondrement des institutions étatiques et l’échec manifeste du Conseil Présidentiel de Transition (CPT).

Des massacres, assassinats, décapitations, incendies, pillages et viols se multiplient dans plusieurs quartiers de la capitale, notamment à Tabarre, Delmas, Carrefour-Feuilles, Bourdon, Nazon et Gressier. Les attaques des gangs ont contraint des milliers d’habitants à fuir leurs domiciles, exacerbant la crise des déplacés internes et rendant la région invivable. La FJKL déplore que cette flambée de violence intervienne après dix mois de gouvernance du CPT, dont le seul bilan, selon l’organisation, est marqué par la corruption, la gabegie administrative, le détournement de fonds publics et des accusations de vente de postes au sein de l’État.

La police nationale, déjà fragilisée, est aujourd’hui politiquement divisée et gangrenée par des rivalités internes opposant des factions pro et anti-Rameau, le Directeur Général. Cette politisation empêche l’unité de commandement nécessaire à toute opération d’envergure contre les gangs. Selon la FJKL, l’institution est largement infiltrée par des criminels, le taux de désertion y est élevé et les résultats concrets dans la lutte contre les gangs sont quasi inexistants.

Les conséquences de cette situation sont catastrophiques : des infrastructures essentielles sont fermées ou détruites. Le commissariat de Martissant est hors service depuis décembre 2021, les commissariats de la Croix-des-Bouquets, de Cité Soleil, de Carrefour, de Merger, de Gressier et de Thomazeau sont démolis ou abandonnés, tout comme la Direction Centrale de la Police Routière. Le Palais de Justice de Port-au-Prince est inaccessible depuis trois ans, tout comme ceux de la Croix-des-Bouquets et de Delmas. La Cour Supérieure des Comptes, la Cour de Cassation et plusieurs ministères sont fermés. L’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti a été incendié, les tribunaux de paix et les tribunaux civils sont hors d’usage, et l’aéroport international est inopérant depuis quatre mois.

Les infrastructures économiques ne sont pas épargnées : des marchés publics comme ceux de La Saline, Salomon, Tête Bœuf et Hyppolite sont fermés. Plus de 50 écoles, douze centres universitaires et dix hôpitaux ont cessé de fonctionner à cause de l’insécurité. Selon la FJKL, plus d’un million de personnes sont actuellement déplacées et livrées à elles-mêmes.

Face à cette situation, la FJKL souligne l’inaction des forces de l’ordre et du gouvernement. Les Forces Armées d’Haïti (FAD’H), dont les effectifs sont jugés dérisoires, ne jouent aucun rôle significatif dans la lutte contre l’insécurité. L’organisation déplore que la proposition d’un recrutement massif et d’une formation intensive de soldats pour renforcer la lutte contre les gangs n’ait jamais été prise en compte. Elle accuse les dirigeants de se préoccuper davantage de l’enrichissement personnel et du partage du pouvoir que de la protection de la population.

Se référant au Droit International Humanitaire, la FJKL rappelle que les chefs politiques et militaires ont une responsabilité pénale en matière de crimes contre l’humanité. Ce principe inclut non seulement les ordonnateurs directs des exactions, mais aussi ceux qui, par leur inaction, permettent leur perpétuation. « L’inaction du gouvernement et des responsables des forces de l’ordre pour protéger la population civile contre ces atrocités équivaut à une négligence criminelle », souligne l’organisation, évoquant des précédents internationaux comme les procès du Rwanda, de l’ex-Yougoslavie et de Tokyo.

La FJKL estime que l’expérience du Conseil Présidentiel de Transition, avec ses neuf dirigeants, est un échec total. L’organisation considère qu’il est temps d’adopter une autre approche et formule plusieurs recommandations : la démission du CPT, son remplacement selon les dispositions de l’article 149 de la Constitution de 1987, la mise en place d’un gouvernement sans Premier ministre, sous l’autorité d’un président intérimaire, qui aurait pour mission principale de rétablir la sécurité, de relancer l’économie et de mettre en place un programme d’accompagnement pour les déplacés internes.

Elle préconise également une réforme en profondeur du haut commandement de la Police nationale, la traque et le jugement des chefs de gangs ainsi que de leurs financiers, et l’organisation d’élections « correctes et propres » pour redonner au pays une autorité légitime.

La FJKL rappelle que l’exercice du pouvoir politique ne se limite pas aux privilèges et aux honneurs, mais implique aussi des responsabilités. « Le jour de la reddition de compte viendra », avertit-elle, appelant à une refondation urgente de l’État haïtien.