SAINT-DOMINGUE, samedi 29 mars 2025–Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République Dominicaine, Luis Abinader, des voix s’élèvent contre le traitement alarmant réservé aux travailleurs haïtiens en République Dominicaine. Ces travailleurs, principalement employés dans le secteur de la construction à Uvero Alto, Bávaro, Cap Cana, Verón et Punta Cana, sont victimes d’un harcèlement systématique de la part des forces de l’ordre, dénoncent les auteurs de cette missive.
Le gouvernement dominicain présente souvent les travailleurs haïtiens comme un fardeau économique et une menace pour la souveraineté nationale. Pourtant, les faits contredisent ce discours. “Basta con mirar los hoteles construidos por trabajadores haitianos en el polo turístico del Este para entender que el trabajo inmigrante ha aportado enormemente al desarrollo económico del país”, souligne la lettre. Ces travailleurs, malgré des salaires précaires et des conditions de travail difficiles, ont joué un rôle fondamental dans la prospérité de secteurs clés comme la construction, l’agriculture et les services.
Mais au lieu de reconnaissance, ces communautés subissent des expulsions collectives massives. “La política de expulsiones colectivas, definida explícitamente en la cuota semanal de diez mil expulsiones definida por su gobierno, ha tenido consecuencias muy graves en materia de derechos humanos”, dénoncent les auteurs. Cette politique viole non seulement les droits fondamentaux des travailleurs, mais aussi la propre loi de migration du pays, en entraînant la détention d’enfants, de femmes enceintes et de personnes âgées.
L’exploitation des travailleurs haïtiens ne s’arrête pas aux expulsions. Une pratique récurrente dans le secteur de la construction consiste à retenir les salaires pendant des mois, profitant de la pression migratoire et de la menace d’expulsion pour éviter ou retarder les paiements. De nombreux travailleurs sont tout simplement dépouillés de leur rémunération avant d’être expulsés.
Cette situation de précarité a récemment mené à un drame. “Esta práctica frecuente desencadenó la protesta en demanda del pago de salarios en la que el empleado Héctor Ramírez Pérez asesinó al trabajador haitiano Pierre Presnor e hirió de bala a otro en el sector Uvero Alto el día 22 de marzo de este año.” Plutôt que d’obtenir justice, les victimes de cette attaque se retrouvent elles-mêmes emprisonnées. Les signataires de la lettre exigent la libération immédiate des six travailleurs détenus, des indemnisations pour la famille de Pierre Presnor, et la mise en accusation de l’auteur des faits ainsi que de son complice, Guillermo Filpo Sotos, actuellement en fuite.
Dans ce climat de tensions exacerbées, une nouvelle menace pèse sur la communauté haïtienne. Le 30 mars, une mobilisation est annoncée à Hoyo de Friusa, un quartier où vivent des centaines de travailleurs haïtiens. Cette marche est organisée par l’organisation paramilitaire Antigua Orden Dominicana, connue pour ses agressions contre les défenseurs des droits humains. “Se trata de una grave provocación”, avertit la lettre, d’autant plus que certains organisateurs appellent ouvertement à venir armés.
Le gouvernement dominicain, loin de condamner cette initiative, l’a cautionnée à travers une résolution du ministère de l’Intérieur et de la Police. Cette complicité avec des groupes radicaux met en péril la sécurité de nombreuses personnes. “Entendemos que la marcha del 30 de marzo puede devenir en una tragedia de enormes dimensiones que usted tiene el deber de impedir”, alertent les auteurs de la lettre, appelant le Président Abinader à assumer sa responsabilité face aux conséquences d’un tel événement.
Face à cette situation alarmante, l’heure est à l’action. Le respect des droits humains et des principes de justice ne peut être sacrifié sur l’autel de la xénophobie et de l’exploitation économique.